12 juin 2003

Le patrimoine est-il soluble dans le tourisme ? Téoros Vol. 22 no. 3

« Le patrimoine est-il soluble dans le tourisme ? » (Luc Noppen et Lucie K. Morisset), Téoros, vol. 22, no 3, 2003, p. 57-59.

Résumé

Depuis Lascaux ou Macchu Picchu, l’essor de l’écotourisme et du développement durable ont remis à l’honneur l’idée voulant que le tourisme soit néfaste pour le patrimoine. L’histoire nous apprend pourtant le contraire ou, à tout le moins, l’inextricable relation entre le tourisme et le patrimoine. Celui-ci, comme phénomène et comme objet de représentation, s’ancre en effet au regard de « l’Autre »… dont le touriste, mépris pour un parasite, a traditionnellement endossé le rôle. Mais les  rapports entre le tourisme et le patrimoine ont bien changé. L’attitude positiviste de l’exploitation touristique contemporaine pourrait être en cause : en assumant que le patrimoine est un donné, un état objectif, on conclut que la mise en tourisme ne serait qu’une bonification économique résultant de la valorisation d’un site, d’une région ou d’un quartier. Les conséquences de la rupture entre le tourisme et le patrimoine sont néanmoins plus concrètes et peut-être plus graves. Rupture, en effet, car on conçoit bien que, depuis la troisième vague de consécrations patrimoniales, les exploitants touristiques entretiennent une certaine circonspection à l’égard du patrimoine et préfèrent fuir tout objet potentiel de contestation organisée. Sans compter les effets économiques de cette touristification intérieure, le phénomène de représentation de soi qui affleure ici révèle le second écueil, voué celui-là au patrimoine, voire au sens que nous voulons donner à notre avenir collectif. Latente dans l’invention du « patrimoine de proximité », la forclusion du regard de l’Autre emprisonne le patrimoine dans un passé dont nous nous détachons davantage chaque jour. Quant au tourisme, il s’accroche pourtant encore, parfois, à la valorisation de la spécificité. Mais privée d’un patrimoine agonisant, et que ses exégèses rendent au demeurant suspect, l’identité mise en tourisme ne se conjugue plus, elle aussi, qu’au présent : l’usage seul paraît dorénavant garant de cette « authenticité » prisée, comme en témoignent les écomusées plus nombreux chaque jour. Mais cela – l’abandon de l’objet pour l’usage ou le confinement du passé dans le présent – est une autre histoire. Tout comme l’est l’avenir de tous ces patrimoines que nous laissons derrière nous.

À l’évidence, le patrimoine n’est plus soluble dans le tourisme. Mais est-ce vraiment un gain ?

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