23 novembre 2004

Un musée point com : les sites du patrimoine mondial, Téoros, vol. 23, no. 1

« Un musée point com : les sites du patrimoine mondial » (Luc Noppen et Lucie K. Morisset), Téoros, vol. 23, no. 1, 2004, p. 57-64.

Résumé

Il y a quelques mois, Krzysztof Pomian (2003) écrivait du patrimoine, comme des trésors des musées, qu’ils sont le fait d’un sacrifice : la patrimonialisation extrait des objets visibles de la sphère des activités utilitaires pour les destiner « aux êtres supposés habiter l’invisible » et, à cette fin, « pour les soumettre à une protection spéciale et les exposer au regard dans des lieux destinés à cet effet ». Ainsi formons-nous des collections de patrimoines, vouées à des héritiers invisibles (en ce qu’ils n’existent pas encore) : miroirs des singularités historiques, organisationnelles ou fonctionnelles de chaque société légataire, le patrimoine familial, dédié aux enfants, ou le patrimoine national, pour ceux de la patrie, en sont des exemples. L’une des plus récentes extensions de cette activité de collectionnement porte le nom de Liste du patrimoine mondial, qui réunit des « objets merveilleux » à l’échelle planétaire, sélectionnés dans l’ici-bas pour être transmis à l’au-delà qui nous succédera dans le temps. Mais le patrimoine mondial est-il vraiment sacré ?

En attendant une réponse, il semble qu’Internet reste le seul « au-delà » possible d’une conception de plus en plus virtuelle d’un sacrifice circulaire et de la collection, dont Pomian (2003) nous apprend aussi qu’elle « a pris des siècles à passer de la sphère du pouvoir à celle du savoir ». Quant au sacré, logé dans une « valeur absolue » atomisée en tant de traces et pourtant nivelée par l’idée même d’une mise en musée équitable, homogène et réseautée, sans doute faudra-t-il attendre que, par le chemin inverse, le collectionnement mondial retourne aux « objets merveilleux » pour le voir revenir.

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