1 juin 2025

La maison, rempart de la société canadienne-française. La résistance culturelle aux politiques sur l’habitation

L’article, issu d’une communication présentée dans le cadre des travaux du groupe de recherche “Inventer le Grand Paris”, aspire à transporter le débat sur la métropole dans le champ de l’histoire de l’architecture, en touchant au cœur de l’identité architecturale : l’habitation. Je propose d’explorer comment et pourquoi, particulièrement dans les années 1930 et 1940 et à Montréal, les programmes du gouvernement canadien sur l’habitation ont rencontré la résistance des milieux canadiens-français, et comment ce conflit idéologique, attisant l’appel de la tradition, a engendré une figure, un mode et une esthétique de l’habiter qui perdure aujourd’hui et différencie d’ailleurs toujours le paysage résidentiel des portions anglophone et francophone de la métropole historique canadienne.

Dans l’entre-deux-guerres, Montréal est en effet en passe de perdre définitivement son statut de métropole économique du Canada, au profit de Toronto. La population montréalaise, qui au début de la guerre dépasse le million d’habitants, surpasse néanmoins de cinq fois celle de la capitale du Québec ; une pénurie de logements y sévit de manière permanente, menaçant la capacité des industries de guerre d’attirer et de retenir adéquatement des travailleurs. C’est l’époque à laquelle le gouvernement du Canada s’engage dans le domaine de l’habitation, d’abord avec des incitatifs financiers à la construction de logements, puis par l’entremise d’une société d’État qui, dès 1941, élèvera des dizaines de milliers de maisons temporaires, aux quatre coins du Canada.

Le Québec témoigne toutefois d’une certaine réserve face aux initiatives du gouvernement fédéral, opposant, particulièrement à Montréal, une résistance plutôt traditionnaliste au nouveau socialisme d’État. En revisitant quelques lotissements de l’époque, l’article explore quelques-unes des alternatives proposées, ainsi que leur genèse, et en explorant les arrière-plans idéologiques, les formes architecturales, le discours politique et les formules économiques qui ont balisé le parcours historique de cette résistance.

L’article est aussi disponible en anglais ici.

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