L’autre modernité. L’architecture régionaliste, les représentations du passé et la création d’un paysage culturel canadien au XXe siècle

Projet sous la direction de Lucie K. Morisset
Avec Luc Noppen (cochercheur) et John Leroux (collaborateur)

Tout au long du XXe siècle, des architectes et des créateurs se sont efforcés de produire des environnements bâtis porteurs d’identité car ancrés dans ce qu’ils voyaient comme un héritage culturel. Bien que cela soit peu connu ou valorisé, particulièrement au Canada, ce phénomène social et culturel qui suit les changements technologiques, la modernisation des politiques et l’émancipation de la classe moyenne a profondément marqué l’art et la science, empreignant, voire engendrant l’idée d’une culture, d’une histoire et d’un passé communs. C’est de ce paysage culturel, tel qu’il est survenu dans l’Est du Canada, dont ce projet propose de retracer la genèse, par l’entremise d’une histoire de l’architecture «régionaliste», comme l’historiographie désigne habituellement ce courant.

Soutenu par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, le projet «L’autre modernité. L’architecture régionaliste, les représentations du passé et la création d’un paysage culturel canadien au XXe siècle», aspire à écrire une histoire de cette architecture qui a, au XXe siècle, recouru à des formes et à une connaissance du passé en s’inscrivant, de pair avec de nombreuses pratiques artistiques, scientifiques et politiques, dans une recherche de continuité historique résistant de front aux propositions modernistes de table rase, de globalisation esthétique ou d’éradication de références au passé. Original par son sujet et sa portée, qui embrasse le XXe siècle jusqu’aux années 1970 et la spectacularisation de la villégiature autant que les maisons ordinaires, le projet importe maintenant car ce régionalisme historique reste au ban de l’historiographie de la modernité et des politiques publiques sur le patrimoine et le territoire. La conséquence de cette méconnaissance (ce qui est d’autant plus paradoxal qu’il a eu un rôle prééminent dans leur développement). C’est ainsi une part majeure du legs de tout un siècle –ce qui n’est pas négligeable pour un pays qui en a trois pour histoire– qui est menacée d’effacement.

Dans la perspective de la «vie des formes» d’Henri Focillon, la recherche aborde donc l’architecture régionaliste en repérant ses bâtiments à partir d’une recension initiale de la production d’une vingtaine d’architectes identifiés préalablement. Par boule-de-neige, notamment en enquêtant sur la villégiature  et sur l’habitation , le dépouillement des revues d’architecture et d’archives institutionnelles, particulièrement, étendra et raffinera ce corpus, qui est parallèlement documenté quant aux conditions de conception, puis mis en relation avec les représentations du passé dont il participe et avec la médiatisation qui portent ces représentations. On trace ainsi, progressivement et par saturation, le développement historico-interprétatif et les hauts lieux de cette « autre modernité » et, à travers elle, du paysage culturel qu’elle a porté.

Soutenu par le CRSH (programme savoir), 2025-2030.

Actualités

Publications