Le patrimoine face à la montée des eaux : mémoire, identité et devenir des paysages culturels déplacés. Une journée d’étude autour du «déplacement patrimonial»

Le patrimoine face à la montée des eaux : mémoire, identité et devenir des paysages culturels déplacés. Une journée d’études autour du « déplacement patrimonial » présentée par Lucie K. Morisset et Anne-Solange Muis

Vendredi 22 septembre 2023, Théâtre Sainte-Catherine, 264, rue Sainte-Catherine Est, Montréal

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L’impact de la montée des eaux sur le patrimoine bâti n’est pas nouveau. Mais tandis que l’acqua alta de Venise reste probablement la figure la plus célèbre de ce phénomène, sa généralisation et, dans l’ensemble, celle des problèmes qu’engendrent les changements climatiques ont balisé un nouveau domaine d’étude et de pratique de préservation du patrimoine. La stratégie de l’UNESCO en faveur d’un « patrimoine mondial résilient » témoigne de cette réorientation de l’expertise patrimoniale, qui reste cependant très attachée aux dimensions matérielles du patrimoine, pris en quelque sorte comme un objet de musée dans des conditions muséales délétères.

D’autres stratégies et d’autres situations, peut-être moins visibles sur la scène mondiale, proposent à cette approche des alternatives qui invitent à repenser et à questionner le patrimoine dans le monde contemporain : c’est le cas à Miquelon- Langlade (commune de Saint-Pierre-et-Miquelon, un territoire d’Outre-mer français), point de départ de cette journée d’études, ainsi qu’aux Îles-de-la-Madeleine (Québec).

Pendant que les regards se rivent sur les grands monuments dont on espère freiner ou ralentir la détérioration, souvent par des moyens techniques de résistance ou de gestion du risque, on discute encore peu des enjeux mémoriels et identitaires locaux de la montée des eaux. Aux échelles planétaire ou nationales, la vision traditionnelle du patrimoine et de sa préservation néglige souvent les milieux de vie anciens et les paysages culturels qui, sans être nécessairement pluriséculaires ou monumentaux, ne sont pas moins porteurs d’histoire, de spécificité et d’appartenance qui les qualifient parfaitement au titre de patrimoine et qui sont aussi mis en péril par les eaux. On en parle aussi moins dans les arcanes patrimoniaux parce que la survie de ces milieux habités appelle une solution peu prisée par les experts et les chartes : le déplacement de l’entièreté d’un village au-delà de la ligne des zones inondables ou, comme dans le cas de Kiruna (Suède), en dehors de la zone d’effondrement de la mine qui a prêté vie à l’établissement.

Titanesque, à la mesure de la relocalisation fantastique des temples d’Abou Simbel, cette solution a en effet pour particularités, par rapport notamment à cet exemple classique, d’engager une communauté habitante qui participe de la définition et de la valeur du patrimoine bâti en cause. De concert avec les problèmes pratiques qu’il soulève, y compris ceux de la reconnaissance et des statuts juridiques du patrimoine, le déplacement impose ainsi un nouveau travail de conceptualisation du patrimoine et de son rôle dans la société et sur le territoire : comment, par exemple, caractériser et préserver le bâti vernaculaire des milieux de vie déplacés? Sous quelle(s) forme(s) s’exprime leur identité, selon quel rapport au site et de quelle(s) manière(s) peut-elle, de même que la mémoire, se transmettre au-delà du déplacement?

Autour de ces trois thèmes que sont le patrimoine, l’identité et la mémoire, cette journée d’étude veut explorer des situations de « déplacement patrimonial » afin de mettre en commun des politiques et des pratiques d’évaluation, de participation, de collecte ou de relocalisation, non seulement de villages, mais aussi de paysages culturels. Peut-on penser que la montée des eaux devienne aussi, dans certaines communautés, l’occasion de faire du patrimoine, plus qu’un objet préservé, un projet collectif à poursuivre?

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