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11 janvier 2018 - Conférences

À surveiller en avril : Table-ronde Cachez cette histoire que je ne saurais voir ! Aseptiser l’héritage est-il une façon de passer à l’avenir ?

Dans le cadre du colloque annuel du CÉLAT Visions du passé et imaginations du futur. L’expérience du temps présent

Agora du pavillon Judith-Jasmin (à confirmer)
Jeudi 5 avril, 16h (à confirmer)

Participants

Pierre Anctil, Université d’Ottawa
Cynthia Milton, Université de Montréal
Jean-François Nadeau, Le Devoir
Thierry Paquot, philosophe de l’urbain

Description

Le commandant Jeffery Amherst (1717-1797) est-il un criminel ? Au printemps 2017, alors que culminait la controverse autour des monuments aux Confédérés, à Charlottesville (Virginie), Montréal a découvert qu’elle avait elle aussi (au moins) un héros à déboulonner, dont la mémoire, assignée à de nombreux sites du Bas-Canada, s’attache par surcroît à une rue du centre est de la ville : on proposa aussitôt de la renommer. Pareil télescopage d’un passé tout de même lointain dans le présent, qui aurait pu surprendre il y a quelque temps, semble en voie de devenir commun à « l’âge de l’information », comme s’il s’agissait d’un acquis de la culture numérique.

Certes, la mobilité transnationale (et transculturelle) des personnes et la diversification des expériences de vie, en dispersant les références communes, démentent l’homogénéité de l’histoire et mettent en confrontation, en un même lieu, celles des uns et celles des autres. Le « dark heritage » est même maintenant un haut-lieu de nombreux itinéraires touristiques dans le monde. Le désir de rétroaction sur le passé n’est pas non plus chose nouvelle, loin s’en faut : mais le changement d’un héros pour un autre (Staline pour Lénine, pour prendre un exemple) ou d’un toponyme pour un autre (Honoré Mercier contre Dufferin, à Québec) n’équivalent pas à l’annihilation de tout héros, non plus que l’anéantissement de la mémoire n’efface les fautes créditées au passé ou ne guérit les injustices du présent.

Questions

Ce passé dorénavant « vécu » plutôt que « su », omniprésent dans l’espace public et les médias sociaux, n’a fait l’objet que de peu de débats au sein de la société civile, comme si toute prise de parole, agissant comme un monument, risquait, elle aussi, d’être confondue avec une prise de position du passé. Que signifie ce rapprochement, voire cette superposition, de « l’autrefois » et du « maintenant » ? Comment peut-on interpréter le jugement contemporain, d’origine morale ou émotionnelle, qui plutôt que de réécrire l’histoire préfère l’effacer ? Le désir de corriger le passé cache-t-il (ou supporte-t-il) une incapacité d’agir sur le présent ? Si l’histoire n’est plus monolithique, quel devient le statut du savoir historique, et quel est le rôle des disciplines et des intellectuels qui en sont les porteurs ?

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