Les églises canadiennes-françaises

Programmes

Luc Noppen

Ce programme de recherche concerne les églises catholiques construites par les collectivités canadiennes-françaises au Québec, dans les autres provinces de même qu’en Nouvelle-Angleterre, entre 1880 et 1930. Ce corpus, qui compte aujourd’hui quelque 950 bâtiments, domine le paysage du « Canada français » par le nombre autant que par la monumentalité des églises ; mais celles-ci, si elles paraissent porter une certaine parenté « d’un océan à l’autre » et ont d’ailleurs, souvent, été le fait des mêmes architectes québécois, se distinguent par une originalité et par une spécificité dont on méconnaît encore les significations. Or, à l’heure où la désaffection du culte pose la question de la conservation de ces églises, il paraît important de savoir en distinguer et en comprendre les figures, ne serait-ce que pour étayer la permanence de ce qui apparaît, aujourd’hui, comme un legs prééminent du Canada-français à l’histoire de l’architecture de la période et à l’histoire de la « catholicité » en Occident.

Il semble que la refrancisation du Québec « créé » par la Confédération soit l’un des ingrédients déterminants de l’originalité de ces églises, qui auraient été conçues, en quelque sorte, comme autant de symboles identitaires d’une communauté partageant langue et religion. L’immigration, à partir de 1880, de centaines de religieux catholiques français, aurait alors fondé le Québec comme « terre d’accueil » de la catholicité francophone occidentale, au départ duquel le militantisme exacerbé de ces expatriés aurait placé l’architecture au premier rang des priorités ecclésiales. Dès lors, entre la tradition constructive du Québec et les modèles, les habitudes formelles, les pratiques, les techniques et les matériaux proposés par les arrivants, une négociation serait intervenue, responsable de l’apparition et de l’épanouissement, jusqu’à la Grande Crise, d’une « nouvelle architecture ecclésiale », qui ne serait ni québécoise, ni française, mais bien canadienne-française, c’est-à-dire tout à fait originale et unique, bien différente des églises antérieures à 1850 auxquelles sont pourtant bien plus dévolus, aujourd’hui, les efforts de conservation.

Ce programme vise donc à connaître et à permettre de reconnaître ces églises, tant en vue de redéployer les recherches autour de ces bâtiments et du phénomène qu’ils sous-tendent, par l’élaboration d’un nouveau corpus et d’une approche renouvelée, qu’en vue d’alimenter leur conservation.