Luc Noppen reçoit le prix André-Laurendeau de L'Action nationale

 

 

Le prix André-Laurendeau de la revue L'Action nationale a été remis au titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain, Luc Noppen, pour son article intitulé "Explorations autour du destin des églises" qui a été publié dans son édition de juin 2013. Cet article brossait un portrait de l'état du patrimoine religieux de la Province de Québec en plus de proposer des pistes de solutions et des conversions réussie, dont l'église Sainte-Brigide de Kildare à Montréal.


Voici l'allocution de Monsieur Noppen suivant la réception de ce prix:

Allocution

Lorsque Robert Laplante m’a invité à collaborer à votre revue, je lui ai d’emblée proposé un thème sur le patrimoine religieux, ce qu’il a accepté de façon enthousiaste; c’est, me semble-t-il, ce qu’il recherchait en communiquant avec moi. J’ai saisi l’occasion pour lui proposer de présenter le cas de la mise en valeur du site paroissial de Sainte-Brigide-de-Kildare (Montréal), mais surtout de l’inscrire dans une vision d’ensemble, de nature à faire apparaître le patrimoine religieux, le patrimoine ecclésial surtout, comme un enjeu de société envers lequel nous avons des obligations, mais aussi pour lequel nous devons développer des nouvelles façons de faire. Je m’explique.

Lorsque je me suis lancé dans l’aventure de Sainte-Brigide, il y a maintenant bientôt 9 ans, j’étais animé par la conviction profonde que nos églises devaient demeurer au service de la collectivité, même si elles étaient abandonnées par le culte. À Montréal en particulier, je revendiquais ces monuments et leurs sites pour un développement culturel et communautaire, à l’abri des promoteurs privés. Tout cela pour sauver des lieux identitaires forts en constituant des communautés patrimoniales dans chaque quartier, autour de chaque monument, pour porter des projets de développement au service de l’intérêt collectif.

Dans l’article, j’ai pu décrire les étapes du projet Sainte-Brigide, qui entre ces jours-ci dans sa phase finale (budget total: 30 millions). Conçu comme un projet-pilote à l’UQAM et appuyé comme tel par le CSSS Jeanne-Mance, le Centre culturel et communautaire Sainte-Brigide hébergera à terme une dizaine d’organismes (5 sont déjà installés dans la phase I du projet). Et il fait déjà la fierté du quartier. Ce projet a été pour nous un formidable laboratoire qui nous a permis d’apprendre comment acheter une église, comment organiser un projet, faire un plan d’affaires, comment organiser la cohabitation (la copropriété) sur le site. Bref tous les aspects de la prise en charge par une communauté locale de son patrimoine, en le pérennisant et surtout en l’utilisant comme outil de développement local durable.

Ce projet pilote a fait école. Nous avons organisé des dizaines d’ateliers, j’ai prononcé une cinquantaine de conférences à travers le Québec. Je peux dire, non sans une certaine fierté qu’une centaine de paroisses et groupes d’action en patrimoine ont pu profiter de notre expérience, des connaissances que nous avions acquises. En même temps des dizaines d’étudiants formés à l’UQAM sont devenus experts «ès églises» et ont trouvé du travail dans ce domaine. Qui dit que le patrimoine – surtout le patrimoine religieux – n’intéresse que des têtes grises ? Venez voir à l’UQAM, nos cours, nos séminaires, venez rencontrer les stagiaires internationaux qui nous fréquentent. Tout cela parce que, en matière de patrimoine religieux, «le Québec sait faire».

À partir de cet exemple de mise en valeur, nous avons imaginé des solutions génériques pour les églises du Québec, ville après ville, région après région. C’est d’abord le projet «plan églises» qui a été élaboré avec les CDEC de Montréal, mais accueilli froidement par la Ville et le Diocèse de Montréal. Ailleurs, c’est tout différent: nous entreprenons à l’automne un plan églises pour le diocèse de Valleyfield et les MRC qu’il couvre. Encore là, le projet n’est qu’amorcé et nous recevons des demandes de partout. Vient ensuite l’idée que pour sauver les églises, il faut inventer un nouveau propriétaire. Entre les diocèses et qui n’en veulent plus et l’État (municipalités et ministère de la Culture) qui n’en veut pas plus, nous proposons la création de fiducies foncières d’intérêt social qui, au nom de la collectivité et de l’intérêt public, deviendraient propriétaires de ces monuments. Ainsi pour Montréal nous allons créer la Société des cent clochers autour de l’église du Gesù, monument d’envergure qui constituerait le premier legs (celui des jésuites) à la Fiducie. D’autres églises pourront enrichir la Fiducie. Et pour Québec nous songeons à une Société des clochers de la capitale. Bien des gens vont se rendre compte que pour sauver nos églises il faut s’en occuper, comme le faisaient si bien les paroissiens autrefois. Organisons-nous et, ensemble, on va y arriver.

L’Action nationale m’a permis d’évoquer ces projets et de proposer des solutions. Depuis la parution de ce numéro il y a à peine un an, ces idées et projets ont connu une large diffusion. Je me disais que les lecteurs de la revue étaient aussi de fervents défenseurs de du paysage culturel québécois, et j’ai eu raison. Puis, le fait de pouvoir distribuer des exemplaires du numéro de juin 2013 a grandement aidé la cause. En novembre 2013, Madame Marois et Monsieur Maka Kotto sont venus confirmer la subvention du Québec pour la phase II de Sainte-Brigide (on avait envoyé 15 exemplaires). C’est aussi grâce à L’Action nationale que la Compagnie de Jésus m’a contacté pour œuvrer à la pérennité patrimoniale du Gesù, ce qui permet permettant l’avènement de la Société des cent clochers (j’avais envoyé dix exemplaires).

Je ne sais pas si sans L’Action nationale tout cela se serait avéré; peut-être que oui, mais certainement dans un temps beaucoup plus long.

Merci donc pour ce prix, mais merci surtout pour la cause de «nos églises» que vous avez permis de faire avancer à grands pas.

Luc Noppen

12 juin 2014