Pays, paysages, dépaysement : mémoires du XXIe siècle

Organisation conjointe de :

- Le Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions

- La Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain

- La Chaire de recherche du Canada en histoire et économie politique du Québec contemporain

- L’Institut de géoarchitecture

- Le Centre de recherche bretonne et celtique

Comité organisateur

- Lucie K. Morisset, professeure, UQAM ;

- Luc Noppen, professeur, UQAM ;

- Jocelyn Létourneau, professeur, Université Laval ;

- Patrick Dieudonné, maître de conférences, Université de Bretagne occidentale ;

- Daniel Le Couédic, professeur, Université de Bretagne occidentale ;

- Jean-François Simon, professeur, Université de Bretagne occidentale.

Ce colloque a rassemblé des chercheurs de toutes disciplines, en sciences humaines et en arts et lettres, en vue de jeter, dans une perspective comparatiste, un « regard croisé » sur le Québec et la Bretagne, conçus comme des territoires de congruence identitaire, sur les représentations collectives qui s’y multiplient aujourd’hui et sur les modalités de leurs renouvellements.

La dernière moitié du vingtième siècle semble en effet avoir été une époque de profonde mutation des rapports des collectivités, non seulement à leur environnement, mais aussi aux territoires référentiels de leurs constructions identitaires. Le colloque La réinvention des pays et des paysages dans la seconde moitié du vingtième siècle, tenu à Brest en 2001, a permis à cet égard d’établir un bilan sur « l’héritage de l’identité » du vingtième siècle. « L’identité collective » à laquelle se référaient les exégèses des années 1980 et 1990 n’est plus identité nationale : si l’invention des identités s’est décuplée, en rythme et en domaines, dans la deuxième moitié du vingtième siècle, les lieux de jadis, les appartenances politiques et autres imaginaires territoriaux que l’on connaissait semblent avoir perdu en importance au profit de nouvelles images encore mal élucidées. Une multitude de nouveaux objets paraissent avoir remplacé les emblêmes de nos identités d’antan et désacralisé les drapeaux, évaporés comme les frontières qui jadis marquaient nos paysages : une maison devenue lieu d’identité, un vêtement devenu costume révèlent une recomposition des territoires associée, à la fin du vingtième siècle, à un travail spatial sur l’identité. Du coup, dans une perspective mercantile ou à des fins politiques, on cible des paysages, voire on en crée, et encore abondamment : coopératives d’habitations, stylistiques architecturales, aménagements paysagers matérialisent nouvellement de nouvelles identités. La seconde moitié du vingtième siècle a substitué le paysage au pays. Mais ces paysages substitués aux pays, à mesure qu’a avancé le vingtième siècle, survivront-ils aux paysages que le vingt-et-unième siècle semble appelé à fabriquer aussi ? Peut-on, veut-on, doit-on défabriquer tant d’identités que l’on en a fabriquées ? Chacun d’entre « nous », porteur ou exégète d’une multiplicité d’identités, zappera-t-il d’une identité à une autre, d’une ancienne à une nouvelle et vice-versa ?

C’est au départ de cette problématique que ce colloque visait à susciter une réflexion pluridisciplinaire sur le renouvellement du stock des références identitaires, au Québec et en Bretagne depuis les années 1970, en interrogeant tour à tour 1) les références nouvelles, 2) les mécanismes de renouvellement et 3) l’assimilation du nouveau stock de références, eu égard à l’enracinement ou au déracinement des collectivités, dans un contexte de mondialisation, de mutation des territoires d’appartenance et d’accroissement des mobilités. Le renouvellement des mémoires a ainsi permis d’examiner à la fois de nouveaux objets et lieux de mémoire, les processus contemporains d’investissement et de représentations mémorielles et les modalités de valorisation des objets et lieux de mémoire - les « patrimoines », notamment.

C’est en effet peut-être en posant le renouvellement des mémoires, a fortiori de leur matérialisation en paysages, comme s’il s’agissait de patrimoines, que la réinvention des pays et des paysages ouvre un débat du vingt-et-unième siècle. Le renouvellement, premièrement, interpelle les institutions, dès lors que l’on constate le fossé qui sépare leurs rôles breton et québécois dans la promotion de l’identité. Le renouvellement, ensuite, pose la question de la mise en valeur économique de l’identité et de la cohabitation du tourisme avec la fabrication des représentations, aujourd’hui, dès lors que l’on observe la production de nouveaux paysages mémoriels exotiques et adaptables à souhait : l’importance croissante des « paysages de divertissement » est révélatrice à cet égard. Enfin, le renouvellement pose aussi la question de la re-fabrication, aujourd’hui, autant des pays que des paysages, puisque le lien au passé n’est plus le seul qui motive la construction des identités.

Penser à l’actualisation, au vingt-et-unième siècle, des pays et des paysages réinventés dans la seconde moitié du vingtième requiert aussi que l’on aborde aussi les identités que l’on croyait ancrées sous l’angle de la médiation. Car parler de l’identité soulève des questions difficiles : plus encore peut-être que celle la xénophobie, celle de l’authenticité s’impose désormais. L’authenticité, qui s’exerce dans le dialogue entre la praxis et l’exégèse, et qui se situe plus généralement dans le rapport entre l’identité et la réalité ou entre l’idée et sa valorisation ; explicitement ou implicitement, les exégèses de la fin du vingtième siècle ont décrit (ou dénoncé) des faux-semblants. Mais un semblant doit-il - ou peut-il - être vrai ou faux ?

Puis, finalement, le renouvellement concerne aussi la polysémie des pays et des paysages, devenue polysémie des mémoires, parce que, dans le contact entre le réel et la fiction - que ce soit par le biais du cinéma, de l’œuvre littéraire ou de toutes les autres rencontres individuelles ou collectives avec le paysage - il semble que les interrogations n’ont pas fini de surgir sur la fabrication du sens. Tous les réemplois que l’on connaît aujourd’hui tombent sous cette question. Car si la dialectique entre une « identité pour soi » et une « identité pour les autres » relève possiblement de la rhétorique, la pratique du paysage interpelle le comment : comment peut-il coexister ces identités multipliées... dans le même paysage ? En arrière-plan de la sémiogénèse identitaire, le renouvellement des mémoires, associés aux pays ou aux paysages, est aussi de cette partie-là. Il reste aux chercheurs à en relever le défi.

On suggère aux chercheurs intéressés de soumettre une proposition de communication à l’enseigne de l’un ou l’autre des thèmes suivants :

Les conclusions du colloque seront bientôt disponibles sous la forme d’un ouvrage collectif (Nota Bene). Les résumés des communications présentées peuvent être téléchargées ici-même.