Villes et identité urbaine. De l’usage du patrimoine dans un contexte de mondialisation

Ce colloque visait à explorer de façon interdisciplinaire et transversale la problématique multiforme de l’imagerie identitaire des villes dans le monde contemporain. Plus particulièrement, on s’est penché sur une dimension spécifique des quêtes identitaires urbaines : celle de la singularisation des villes par le recours au patrimoine construit.

« L’objet de représentation » qu’ont exploré, parmi d’autres et sous divers angles, les Roncayolo, Corboz, Guéry, Haumont, Morisset, Chassay, Andrès, Desjardins, s’est en effet métamorphosé depuis trente ans : échanges, migrations et métissages ont, en milieu urbain, multiplié les significations et les appartenances. La diversification des lectures que la pensée identitaire de l’environnement construit a récemment induite, depuis la philologie à la science politique, et l’engouement soulevé par l’investissement identitaire chez les producteurs, après les « retours de l’histoire » et autres « archéologies fictives », trahissent une véritable inflation du stock des références qui, si elle a canalisé la gestion urbaine, la production architecturale et la médiation touristique dans la voie du rapport mémoriel à l’environnement, soulève plusieurs interrogations, théoriques et pratiques, sur la formation actuelle de l’identité des villes et, plus encore, sur le « patrimoine urbain » ce corpus de lieux dotés de sens, de « paysages » faits de main d’homme auquel on crédite de fédérer les ingrédients d’une identité. Le 21e siècle impose de nouveaux enjeux à la fabrication de ce patrimoine, voire au rôle et à la notion mêmes de la patrimonialisation en milieu urbain.

Le défi que lance le patrimoine construit des « villes de la mondialisation » est double. Si l’on convient généralement des bénéfices sociaux, économiques ou culturels de la conservation du bâti, le protectionnisme qui l’assurait, au demeurant ébranlé par « le nomadisme du patrimoine » de Choay, appelle dorénavant à une participation sociétale qu’il reste à construire. Or, d’une part, l’urbain substitue, à « l’intimité de la famille nucléaire et de la localité sécurisante », pour paraphraser Andrieux, des « dépaysements » qui invalident l’interprétation historique du lieu en fonction d’une mémoire commune et, du coup, remettent en question l’intérêt occidental du patrimoine en fonction de l’affection héréditaire d’une collectivité pour le milieu dans lequel elle évoluait et qui y évoquait son enracinement. D’autre part et dans ce contexte, la « patrimonialisation galopante », nous révèle Hartog, symptomatise le « basculement d’un régime de mémoire » au bout duquel « l’anamnèse collective » (toujours Hartog) plus ou moins ségrégationniste et la muséification du passé sont contraires, tout autant des représentations habituelles des villes « multiculturelles » (Montréal, Toronto, New York ou Paris, par exemple) que des dynamiques de développement d’entités urbaines tournées vers le futur.

L’identité des villes a-t-elle un avenir ?

Ce colloque souhaitait contribuer à la résolution de cette question quant au futur de l’identité des villes grâce à un bilan des recherches et des actions, au Québec, au Canada et ailleurs, à l’enseigne de deux principales thématiques : « l’usage du patrimoine » a été exploré à la fois dans son histoire récente, par des chercheurs et des praticiens, et dans une vision prospective qui, en mettant en relation acteurs et expériences, a permis de mettre à jour les enjeux de la patrimonialisation et de la participation sociétale à la constitution identitaire des villes. Afin, notamment, d’évaluer si et comment le patrimoine urbain, plutôt que relique d’un arrachement au passé, peut concrétiser un projet d’avenir.