Appel de texte

S’ils ont jadis soutenu la recherche scientifique, la formation aux arts ou quelque idéologie de construction nationale, les musées se déploient maintenant plutôt dans l’univers touristique ; depuis la Deuxième Guerre, il n’est guère de chantier muséal, construction neuve ou rénovation, que ses promoteurs n’aient justifié par la rétention de touristes, particulièrement en milieu urbain. Or, ce qui pouvait passer pour une densification de l’offre en termes d’activités relève dorénavant clairement d’une guerre d’images, encadrée par les principes d’une stratégie de marque bien plus que par ceux de la muséologie : la dernière décennie du XXe siècle, puis celle-ci, voient ainsi se multiplier nouveaux grands musées et rénovations majeures d’institutions reconnues, toutes figures emblématiques conçues comme des produits d’appel. Tout se passe alors, comme si l’on parvenait, en théorie, à une adéquation quasi totale de l’image de la destination, de l’expérience touristique et de l’identité urbaine : le musée Guggenheim est Bilbao, le cœur de Paris est au quai Branly, etc. À l’enseigne de la doctrine urbanistique voulant que la métropole de demain sera culturelle, cette « stade-olympisation » de la mise en tourisme des villes a d’ailleurs pour intérêt, entre autres, de participer d’une forme de développement durable qui concilie les credo de l’industrie touristique et ceux de la revitalisation urbaine, puisque tandis que les installations olympiques (tout autant emblématiques et phénoménales) sont vides au lendemain des jeux, les musées - traditionnellement à tout le moins - entament une plus longue carrière le jour de leur ouverture. Mais le déploiement de la collection des Nouveaux Musées, s’il peut servir la cause (de la rétention), devient franchement accessoire ; le contenant, bref, a préséance sur le contenu, et pour cause, puisque la nature de ces sémiophores creuses est probablement événementielle plutôt qu’objectale, leur attractivité se logeant tout entière dans l’instantané de leur création, à laquelle est apposée le nom d’un Grand Créateur. L’on peut bien sûr s’interroger à savoir si quelques architectes de renom - les Nouvel, Gehry, Libeskind, Botta, etc. - suffiront à doter le monde de métropoles culturelles. Dans tous les cas, l’impact réel des Nouveaux Musées sur le tourisme et sur l’identité des villes est loin d’être clair, et ce chapelet d’événements touristiques parsemés sur la planète soulève des problèmes scientifiques et épistémologiques, autant pour l’histoire de l’art et pour la muséologie que pour l’urbanisme et la planification touristique. L’événement étant par définition éphémère, peut-on s’attendre à ce que ces figures architecturales emblématiques se démodent aussi vite qu’elles se sont imposées dans l’offre touristique, transformant nos villes et nos quartiers en cimetières clinquants de rêves urbanotouristiques déchus ? L’art contemporain est-il par définition international, une même production artistique attirant autant les touristes à Dubaï qu’à San Francisco ? Cette nouvelle muséologie touristique, comme on l’a fait valoir lors de l’annonce fort décriée de la mise en location d’ouvres du Louvre, risque-t-elle de spolier quelque patrimoine, au détriment des identités nationales ? Si le musée s’affranchit des collections, qu’adviendra-t-il des collectionneurs, des ethnologues, des historiens et autres scientifiques qui ont amarré le destin de tant de champs du savoir à celui des musées d’autrefois ? Et qu’en est-il, d’ailleurs, des touristes ? Qui sont-ils, nouveaux érudits de l’Architecture, qui affluent aux portes des Nouveaux Musées (pour combien de temps) ? Ce nouveau tourisme (l’est-il, en fait ?) sauvera-t-il nos villes ? Les articles soumis doivent être envoyés avant le 15 janvier 2008 à teoros@uqam.ca

Veuillez s’il vous plait manifester votre intention de participer à ce numéro en faisant parvenir à la rédaction le titre ou le sujet de votre article le plus rapidement possible. Les auteurs doivent faire parvenir un manuscrit présenté selon les règles de la revue, disponibles au www.teoros.uqam.ca. Les textes soumis, en format Word (pas de PDF), doivent compter entre 4000 et 6000 mots. Chaque article doit inclure une courte notice biographique de l’auteur (3 à 5 lignes maximum), un résumé de 150 mots maximum en anglais et en français ainsi qu’une une liste des mots clés (maximum de 5). ?Les auteurs sont invités à fournir l’iconographie nécessaire (photographies, etc.) libre de droits et en haute résolution (300 dpi) en indiquant clairement la légende de la photo et le nom du photographe. La publication des articles se fait sous réserve d’une évaluation. Tous les manuscrits seront évalués anonymement par des pairs qui pourront faire des suggestions ou demander des modifications. La rédaction transmettra l’avis des évaluateurs aux auteurs et s’assurera que les modifications demandées seront apportées. Au plaisir de vous lire dans nos pages.