Le Vieux-Montréal, un « quartier de l’histoire » ? Pourquoi et comment ?

Nul ne met en doute aujourd’hui le caractère éminemment historique de l’arrondissement historique du Vieux-Montréal et de ses abords. Protégé depuis 1964 et ayant depuis fait l’objet de l’attention de la Ville et des gouvernements, le quartier a subi d’innombrables restaurations et sa trame a été complétée par des architectures intercalaires de qualité. En même temps, historiens et archéologues ont exploré sa mémoire, ses archives et son sous-sol ; ils ont livré un corpus de savoirs considérable, facilitant la médiation que musées et centres d’interprétation ont instaurée entre ce passé dense et riche et un public grandissant. À bien des égards, on pourrait dire « mission accomplie » au vu de ce quartier qui paraît avoir atteint un état complet et jouit d’une renommée internationale certaine. Il ne lui manquerait qu’une reconnaissance de l’Unesco au titre de « site du patrimoine mondial » pour que sa patrimonialisation soit achevée.

Mais est-ce bien le cas ? Le Vieux-Montréal est certes un lieu d’histoire et de mémoire témoignant de sa propre évolution, mais est-elle bien mise en valeur ? Les musées d’histoire qu’on y trouve sont moins consacrés au Vieux-Montréal lui-même qu’à l’histoire de Montréal dans son ensemble. Ils s’intéressent aussi à l’histoire plus générale du Québec et du Canada et même à l’histoire internationale. Le Vieux-Montréal est un lieu historique, mais il est déjà aussi un lieu d’exposition et de consommation de l’histoire comme récit, comme champ de connaissances, comme lien affectif.

Mais, autour de ce premier périmètre historique, la ville a aussi évolué, elle s’est embellie et animée sous l’effet d’une thématisation de ses principaux quartiers : cité du Multimédia, cité du Commerce international, Quartier international (QIM), Quartier chinois, parmi d’autres. Plus récemment, le secteur de la Place des Arts, où se déploie une offre concentrée de spectacles, a été renommé « Quartier des spectacles » ; il a été gratifié d’un Plan particulier d’urbanisme (PPU) et s’est mérité une enveloppe dédiée à sa mise en valeur de quelque 120 millions $.

À son tour, le Vieux-Montréal, désormais flanqué d’un Vieux-Port hautement attractif, inséré dans un Havre de Montréal au potentiel de développement énorme, tant à l’est (projet Viger) qu’à l’ouest (canal de Lachine, Griffintown, secteur Bonaventure) interpelle acteurs et décideurs des milieux d’affaires, de la culture et les pouvoirs publics. La thématisation du Vieux-Montréal n’est-elle pas le moyen d’assurer une continuité à son développement, d’utiliser les acquis (et la notoriété du lieu) pour amorcer une phase II de sa valorisation en proposant une extension, autant au périmètre originel qu’à la notion d’histoire ?

Le Sommet de la Culture de novembre 2007 a statué que « en matière culturelle, ‘la marque Montréal’ est composée d’un certain nombre de ‘produits’ et que notre patrimoine bâti - et particulièrement dans le Vieux-Montréal - est un de ces ‘produits’ dont il faut conserver le haut degré de qualité, le caractère attractif et le potentiel de séduction ». Ce sont ‘ces produits’ déjà très bien côtés « comme le Vieux-Montréal et le Vieux-Port, qui, dans l’esprit de concertation du Rendez-vous, pourraient devenir un grand quartier de l’histoire, sûrement l’un des plus importants en Amérique du Nord ».

Le sommaire du plan d’action du Sommet 2007 propose, comme troisième grand objectif, de « poursuivre la mise en valeur du Havre de Montréal et de son quartier historique » et décline cet objectif en cinq « actions » :

- Poursuivre les investissements publics favorisant la mise en valeur du patrimoine dans le Vieux-Montréal 
- Convenir des étapes à franchir pour assurer l’avenir du Pointe-à-Callière, Musée d’archéologie et d’histoire de Montréal 
- Poursuivre la mise en valeur du Vieux-Port 
- Accroître la concertation des partenaires publics et privés, en vue de constituer un véritable "quartier de l’histoire", qui regroupe le Vieux Montréal, le Vieux Port et l’entrée du Canal de Lachine 
- Réaliser un plan de mise en valeur et de développement des îles Sainte-Hélène et Notre-Dame, en vue du 50e anniversaire de l’Expo 67

Cette volonté de thématiser le Vieux-Montréal pose un certain nombre de questions, auxquelles les membres de l’Institut du patrimoine et les chercheurs de l’UQAM ne devraient pas être insensibles, dont, par exemple :

Comment les acteurs de la recherche historique et archéologique sur le patrimoine perçoivent-ils l’avenir du Vieux-Montréal ?

Comment les intervenants des milieux de la diffusion et de l’interprétation de l’histoire et du patrimoine perçoivent-ils cet avenir ?

La thématisation du Vieux-Montréal est-elle un prétexte pour lancer le projet du Havre de Montréal ?

Quels sont les avantages, pour le Vieux-Montréal, de se développer comme quartier thématique, au-delà du statut d’arrondissement historique ?

Quelle serait la différence entre un Vieux-Montréal, « quartier de l’histoire » et un Heritage District étasunien ?

Repenser le Vieux-Montréal flanqué du Vieux Port comme quartier thématique, cela veut-il dire le développer autrement ? Comment ?

Quels sont les projets de valorisation/développement que la communauté scientifique imagine pour le Vieux Montréal thématisé ?

Quel usage sera fait des fonds publiques dans le cadre du développement du quartier de l’histoire ?