Habitat et identité. Vers une culture de l’habité ?

Le CAUE des Pyrénées-Atlantiques, en collaboration avec l'Institut de Géoarchitecture (Université de Bretagne occidentale), l'Université de Pau et des Pays de l'Adour et l'Université Bordeaux 2, organise un colloque international consacré à l'expression spontanée ou cultivée de l'identité en architecture et plus particulièrement en matière d'habitat. L'enjeu est de confronter les hypothèses issues du monde de la recherche – formulées par des anthropologues, des historiens, des sociologues, des juristes, etc.– et les argumentations de divers acteurs, architectes et aménageurs bien sûr, mais aussi professionnels de l'ingénierie culturelle, de la mercatique, voire de la publicité. Ces contributions, leurs divergences et leurs éventuelles résultantes, viendront enrichir le débat sur la production domestique, souvent vif et polémique, spécialement dans les pays et les régions qui se refusent à une mondialisation broyeuse des différences ou portée à leur galvaudage. Dans ce qui est alors vécu comme une résistance, les architectures à prétention identitaire sont utilisées de longue date comme un antidote. Pourtant, leur diffusion massive a fréquemment servi des stratégies toutes différentes et a même pu, paradoxalement, faire paravent au sapement et au marchandisage des différences qu'elles entendaient préserver. L'occupation du territoire qu'elles ont entraînée et les formes de groupement qui les caractérisent entretiennent en outre la polémique. Quoi qu'il en soit, dans de nombreuses contrées, ces architectures ont façonné des paysages bâtis qui ont interféré dans la mue des identités et ont modelé l'idée qu'ailleurs on s'en fait désormais. Ce qui a parfois conduit à leur attribuer un caractère normatif. Placées au cœur de ce dispositif, les maisons –devenues par ailleurs un enjeu politique et économique dont la récente crise des subprimes a brutalement révélé les dangers– ont spécialement nourri les discours identitaires, contribuant ainsi largement à la mise en échec des préconisations héritées du Mouvement moderne. Aujourd'hui encore, une part significative de la production domestique relève de cette logique, mais on ne saurait négliger l'incontestable renouveau doctrinal qui est venu changer la donne sous diverses appellations : unmodern et alter architecture, new urbanism, etc. Certains y voient l'arrivée à maturité d'une tendance qui put avoir une adolescence turbulente, mais permettrait aujourd'hui de s'arracher aux chimères de la modernité pour renouer avec un ancestral bon sens. D'autres subodorent une pernicieuse manière de se payer d'illusions quand l'avenir fragilisé de la planète requiert une vigilance de tous les instants, notamment dans le registre de l'édification. Vient alors l'idée d'un contextualisme issu d'une judicieuse interprétation des exigences de l'heure, qui réconcilierait enfin l'universel et le particulier et dégagerait la rationalité des pièges du rationalisme.

Avec la participation de :

Luc NOPPEN et Lucie K. MORISSET (Historiens d'architecture, Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain ESG et Département d'études urbaines et touristiques, École des sciences de la gestion, Université du Québec à Montréal) : Le mythe du plex montréalais : genèse et appropriation.

Martin DROUIN (Coordonnateur de l'Institut du patrimoine et professeur associé au Département d'études urbaines et touristiques de l'Université du Québec à Montréal) : De taudis à patrimoine, les mutations de la perception de l'habitat montréalais dans les années 1960-1970.