Séminaire régional : La protection et la transmission du patrimoine industriel d’Arvida et du paysage culturel de l’aluminium au Saguenay–Lac-Saint-Jean

Seminaires regionaux 2015

Ce Séminaire régional porte sur les enjeux locaux et territoriaux de la valorisation du patrimoine industriel. Plus précisément, il vise à mettre en discussion des problèmes vécus dans divers milieux d'intervention et de décision et à explorer des pistes de solution telles qu'elles ont été mises de l'avant au Québec et dans d'autres contrées du monde. Tourné vers le futur, le Séminaire régional veut ainsi permettre d'aller au-delà des bilans et d'échanger sur les enjeux et les issues, dans une optique d'amélioration des pratiques.

Dans un contexte de modification profonde des pratiques et des conceptions patrimoniales, qui par exemple, au Québec, circonscrit l'entrée en vigueur de la nouvelle Loi sur le patrimoine culturel (2012), ce Séminaire régional aborde un sujet particulièrement complexe : le patrimoine industriel, fait d'objets aussi composites que des habitations, des rues, des centrales hydroélectriques et des usines, dont la valorisation interpelle plus directement deux dimensions des pratiques patrimoniales. Premièrement, le patrimoine industriel pose des défis considérables en termes d'acceptabilité sociale, et plus encore d'engagement citoyen, d'autant que, en contexte post-industriel, il concerne autant les « travailleurs », qui s'y identifient plus aisément, que des « étrangers », éventuellement attirés par la plus value du patrimoine ou de la stabilité économique, mais peu favorables à l'activité industrielle elle-même. Qu'il soit fait de maisons et de « villes de compagnie » ou de machines, il est tantôt trop privé pour être intégré au domaine public et facilement régulé, tantôt trop rebutant, par son apparence technique, pour le commun des mortels : on est bien loin du « monument » ponctuel, esthétique, historicisé et imposant qui animait le patrimoine il y a quelques décennies. Qui donc s'identifie au patrimoine industriel? D'autre part, la gestion et la valorisation du patrimoine industriel sollicitent la participation et la concertation d'acteurs et de visions très variés, qui vont du musée à l'entreprise et de l'interprétation de l'industrie à celle de l'habiter, dans des milieux parfois difficilement accessibles et sur des territoires particulièrement vastes, voire indéfinis. Trois questions se posent alors : comment faire aimer le patrimoine industriel par ceux qui l'habitent? Comment gérer le patrimoine industriel dans une optique participative de préservation et de transmission ? Comment communiquer le patrimoine industriel à ceux qui ne le connaissent pas ?

Au Saguenay, autour de l'ancienne ville de compagnie d'Arvida et des infrastructures industrielles hors du commun dont le déploiement de l'industrie aluminière a parsemé la région, ces trois questions se partagent en deux grands thèmes qui rythment cette journée de rencontres et de discussion. L'on abordera d'abord le contexte de la reconnaissance patrimoniale d'Arvida, qui appelle à la conservation et à la valorisation d'un espace habité, y compris la gouvernance municipale de ce milieu patrimonial, les enjeux de la règlementation que cela sous-tend et la participation des citoyens et des travailleurs. L'on abordera ensuite la question du patrimoine industriel du Saguenay dans une perspective élargie, à l'échelle territoriale, en prenant appui sur la possibilité, inscrite dans la nouvelle Loi sur le patrimoine culturel, de considérer un « paysage culturel patrimonial », c'est-à-dire d'un « territoire reconnu par une collectivité pour ses caractéristiques paysagères remarquables résultant de l'interrelation de facteurs naturels et humains qui méritent d'être conservées et, le cas échéant, mises en valeur en raison de leur intérêt historique, emblématique ou identitaire » (LPC, article 2).

Si aucun paysage culturel patrimonial n'a, pour l'instant, été désigné au Québec, force est de constater que les legs territoriaux de l'industrie se prêteraient particulièrement aisément à cette définition et que l'on pourrait ainsi imaginer, au Saguenay, englober l'ensemble des ouvrages hydroélectriques et industriels, ainsi que leurs implantations domestiques, de même que l'emprise militaire survenue sur le territoire pour cause, précisément, d'activité industrielle. Mais cela, qui nous éloigne plus encore du « monument » par l'entremise duquel on pense encore le patrimoine, sa gestion et sa valorisation, recouvre plusieurs municipalités, de nombreuses infrastructures industrielles encore actives, des centaines de propriétés privées de particuliers ou d'une multinationale, une base militaire, et quelques musées, pour ne mentionner qu'eux. Les enjeux de concertation des acteurs et de valorisation touristique sont donc gigantesque, sans parler du problème très pragmatique de l'établissement d'un cadre de gestion d'un tel « paysage culturel patrimonial », comme il est requis par la loi.

Plus encore, la question de la transmission, qu'on trouve au cœur de la Loi sur le patrimoine culturel, pose particulièrement problème dans le cas du patrimoine industriel. Certes, c'est le cas parce que l'on se réfère notamment à des infrastructures de production active, dont les critères de performance ont peu à voir avec le patrimoine, mais ce l'est plus encore parce que cette question de la transmission interpelle tout un chacun, à commencer par les citoyens-travailleurs-habitants qui possèdent, occupent et animent le territoire. La transmission du patrimoine industriel, notamment à l'échelle d'un « paysage culturel patrimonial », soulève donc plus que jamais le problème de la participation citoyenne, dont on parle depuis des années dans les milieux de la pratique et de la décision en matière de patrimoine : c'est ce à quoi nous nous référons en proposant de réfléchir à la formation de « communautés patrimoniales », y compris les éventuels renversements de la posture du citoyen-travailleur-habitant que ces communautés patrimoniales impliquent. Le patrimoine industriel esquisse en effet, possiblement, une solution nouvelle : celle de considérer le citoyen, de même que le faisait l'industrie, non seulement comme un utilisateur, mais comme un producteur... de patrimoine.


Pour s’inscrire à la journée de formation portant sur Arvida et le paysage culturel de l'aluminium, veuillez communiquer avec Mme Marie-France Bergeron à l'adresse suivante: marie-france.bergeron@saguenay.ca ou bien, par téléphone, au 418 412-4911.